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Romeo must die est supposé être une version moderne de Romeo et Juliette, une romance entre deux jeunes gens de deux familles traditionnellement rivales. Au début de l'histoire, Han Sing est incarcéré à Hong-Kong, et dès qu'il est informé du meurtre de son frère, il s'évade de prison pour se rendre aux Etats-Unis afin de découvrir la vérité. Au cours de ses investigations, il faut la connaissance de Trish, la fille du chef du clan O'Day, ennemi traditionnel de celui de son père… On le devine facilement, les similitudes avec Romeo et Juliette ne vont pas plus loin que l'argument romantique de départ, et le but du film est surtout de faire apprécier au public l'action et la comédie. Soyons clair, l'histoire n'est pas le point fort du film, mais même si les personnages ne sont pas destinés à être très développés, ils fonctionnent plutôt bien, et le rythme ainsi que l'atmosphère générale du film en font un bon moment de pur divertissement. Dès le démarrage du film, la cible est claire : le jeune public urbain. Le film s'ouvre par une chanson de DMX (une grande star du rap aux USA) tandis que la caméra suit une voiture à travers la ville. Le look du film rappelle immédiatement celui des clips de rap, de part son esthétique (sombre, avec des contrastes forts) et la façon dont les plans sont adaptés au tempo de la chanson. Par ailleurs, ils ont fait un bon travail sur l'arrivée des noms, alternativement en caractères chinois et en anglais. Cette ouverture annonce tout de suite le ton du film : la musique en est un des éléments principaux de narration, tout comme elle est l'un de ses essentiels arguments commerciaux…
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Cependant, malgré le fait que Romeo must die ait toutes les caractéristiques du film produit opportunément dans le courant de la mode pour répondre à une demande, il se révèle finalement assez original et plutôt rafraîchissant. L'association entre le hip-hop et le kung-fu n'est pas nouvelle, étant donné le nombre de clips de hip-hop où les chanteurs lancent des coups de pieds, et l'utilisation de la musique est téléphonée. Même les personnages sont des stéréotypes, comme Trish, une jeune fille sexy et indépendante qui bien entendu s'occupe aussi des enfants, ou même Maurice (l'excellent Anthony Anderson), le bouffon du film… Mais le tout a paradoxalement quelque chose d'unique, un dynamisme et une bonne humeur, le film n'étant pas censé être pris au sérieux, qui en font un film rafraîchissant. |
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Une autre bonne surprise du film est de découvrir que Han ne correspond pas au cliché typique de l'Asiatique auquel nous a habitué le cinéma américain. A l'inverse de son personnage de L'Arme fatale 4, qui portait la tenue traditionnelle et ne quittait pas son attitude menaçante de tout le film (où les chinois étaient soit des membres des Triades, soit des pauvres victimes), Han Sing a une apparence beaucoup plus moderne et avenante : il s'habille comme n'importe quel jeune Américain, parle l'anglais (avec un accent tout à fait charmant !) et comprend très vite comment marche cet environnement nouveau. Cette façon de montrer un homme Chinois comme quelqu'un de très adaptable est nouvelle pour un film occidental, dans lesquels les Chinois sont en général enfermés dans leurs traditions, incapables de comprendre et d'être compris par les occidentaux, et plutôt peu engageants, qu'ils soient " gentils " ou " méchants "… Ici, Han est une personne qui s'adapte très facilement : dès qu'il arrive dans le pays, on le voit commettre quelques erreurs, par exemple mal comprendre un chauffeur de taxi, conduite une voiture " like shit " la première fois, mais il s'adapte très vite à la situation. Il s'intègre facilement, avec la complicité de Trish, et en vient même à imiter les attitudes des jeunes Américains, ce qui donne lieu à des scènes charmantes et amusantes par leur côté surréaliste, surtout pour ceux qui ont connu Jet Li par ses légendaires interprétations de héros traditionnels Chinois… Dans L'Arme fatale 4, le personnage de Jet utilisait son kung-fu pour tuer des gens, ce qui n'est pas vraiment en accord avec l'esprit des arts martiaux… Dans Romeo must die, Han évite autant que possible de tuer ses opposants et le plus souvent ne leur fait même pas grand mal si sa vie n'est pas menacée. Ainsi, certaines scènes apparaissent plutôt comme de la comédie (comme celle près de l'appartement de Trish, ou celle du football), montrant Han neutralisant principalement ses adversaires. Les seuls qu'il tue sont Kai (Russell Wong, Le club de la Chance, China girl), assassin de son frère, et la combattante chinoise en moto (Françoise Yip, Black Mask), chacun ayant tenté de le tuer. Han apparaît aussi comme un personnage très humain, particulièrement dans les scènes entre lui et son père. En fait, on pourrait presque dire que ces moments sont les seuls qui lui permettent réellement à Jet Li d'exprimer ses talents d'acteurs : dans tout le film, quand il ne se bat pas, il est surtout là en observateur, voire un peu en touriste, tentant de nouvelles expériences (jouer au football Américain, danser dans une discothèque…) pour s'intégrer dans le pays. Le ton du jeu de Jet est un peu détaché, avec même parfois un petit air amusé… Mais dans ces scènes, lui et Henry O réussissent à créer une furtive mais forte intensité dramatique. La sobriété de ces scènes, qui ne sont composées que de dialogues principalement en mandarin, met en valeur le jeu des deux acteurs qui maintiennent une tension émotionnelle réelle. Le jeu de jet est authentique et poignant, discret mais profond, et nous fait regretter de ne pas l'entendre plus souvent jouer dans sa langue maternelle… |
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L'un des challenges majeurs du film était l'action. Depuis quelques années, les films occidentaux ont progressivement commencé à introduire le style d'action de Hong-Kong au public, avec des films tels que Demain ne meurt jamais, L'Arme fatale 4 et Rush hour… Cependant, ces films restaient des films typiquement américains, avec juste quelques scènes dans le style Hong-Kongais et n'osaient pas réellement imposer les chorégraphies d'arts martiaux comme style d'action principal. Ayant expérimenté ce concept avec des acteurs occidentaux dans Matrix (avec Yuen Woo Ping comme directeur d'action), ce qui était totalement nouveau pour le public américain, le producteur Joel Silver (notamment producteur de la série des Armes fatales) confie au grand chorégraphe et réalisateur Yuen Kwai (Fong Sai Yuk, My Father is a hero) la direction des scènes d'action de Romeo must die…
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Le style d'action n'est pas destiné à être " réaliste ", chaque scène est un show, dont le but est de montrer les qualités de combattants de Jet et entre autre d'expérimenter de nouveaux effets. Loin d'être des pures scènes d'arts martiaux, les combats utilisent beaucoup les câbles sans que ceux-ci ne soient inappropriés vu que le ton général du film est plutôt humoristique. Le seul reproche que l'on peut faire est l'ajout de certains effets digitaux qui sabotent malheureusement quelques plans, comme ce plan absurde et inélégant où Jet commence en beauté avec un " no shadow kick " et accélère soudainement tel un personnage de jeu vidéo, brisant tout le rythme du mouvement. Ce genre d'effet est peut-être pertinent dans une atmosphère futuriste mais certainement pas dans le contexte de Romeo must die… Cependant, s'il est difficile de ne pas être déçu pour ceux qui espèrent revoir les véritables qualités d'artiste martial de Jet, on peut tout de même apprécier sa grâce naturelle et la fluidité de ses mouvements à travers ces scènes, qui comportent même quelques plans plutôt esthétiques (comme ce moment où il utilise le tuyau d'arrosage dans la scène du hangar). De plus, le ton de l'action reste fun, amenant des touches d'humour dans les combats par des mouvements originaux, et impliquant le spectateur avec des plans rapprochés et dynamiques. Le résultat final est que les combats sont plutôt exaltant bien que courts, et marqués par le style du chorégraphe, utilisant dans le combat des éléments du décor et tous les objets pouvant être une arme potentielle. Chaque personnage adopte d'ailleurs un style en fonction de sa personnalité dans l'histoire, comme Maurice qui finit comme un personnage de dessin-animé, ou même Trish, dont le duo avec Han au combat ressemble à une danse au cours d'une scène très gracieuse - l'une des meilleure du film, dans le pure style made in Hong-Kong - évoquant la romance entre les personnages… La seule scène " sérieuse " est probablement la dernière, impliquant les personnages de Jet et Russell Wong, et est caractérisée par une violence et une rage inattendues, concluant sur leur relation conflictuelle de compétition latente et concrétisant le désir de vengeance de Han… En conclusion, on peut affirmer que le but est atteint, étant donné que Jet apparaît comme le principal intérêt du film, et sans doute celui qui a assuré son succès, et l'impose comme l'une des principales stars montantes à Hollywood. Du point de vue de spectateur, si l'on n'espère pas plus qu'un pur film de divertissement, le contrat est rempli. Romeo must die n'est certainement pas le meilleur de Jet Li mais reste un bon moment rafraîchissant à passer.
Par ELODIE |
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