La légende dit que le tournage de Fong Sai Yuk 2 s'est effectué avant la finition complète du scénario, et il n'est pas difficile de le croire lorsque l'on considère l'aspect bancal de l'ensemble. Tandis que Fong Sai Yuk racontait l'histoire de la quête initiatique d'un jeune homme doué et turbulent se changeant en adulte responsable, le tout soutenu par des intrigues parallèles traitant de l'esprit de famille et de l'identité culturelle, Fong Sai Yuk 2 oublie de nous conduire quelque part à l'exception des cinq dernières minutes, quand Sai Yuk prend tous les risques afin de délivrer sa mère des griffes du "bad guy".

Fong Sai Yuk 2 ressemble à un épisode de série télévisée simplement fondée sur l'inspiration rayonnante du film précédent. Dès les toutes premières minutes, tandis que nous suivons le chemin de Sai Yuk conduisant son cheval avec sa mère bien-aimée, nous pouvons ressentir les réminiscences du premier opus, aidées de flash-backs relatant leurs meilleurs moments. La magie reste présente quand Sai Yuk et Ting Ting parlent d'amour sur le toit de l'auberge… cependant, dès que le méchant de service fait son apparition, nous entrons dans un autre monde. L'atmosphère familère s'évanouit définitivement…

A l'inverse de Fong Sai Yuk, cette séquelle ne contient aucun thème fort et se contente de capitaliser sur le développement des personnages accompli précédemment, dans le but de nous permettre de suivre tranquillement les aventures de Sai Yuk, de sa mère et de sa femme Ting Ting. Toutes les situations comiques ou dramatiques imaginées dans Fong Sai Yuk sont ici exploitées jusqu'à la moelle, jusqu'à ce qu'elles n'aient plus aucun sens.
Les scènes de Fong Sai Yuk 2 répondent directement à celles du film précédent, comme un fade écho. Sai Yuk séduisant une princesse japonaise grâce à ses exploits, usant du procédé avec lequel il avait séduit Ting Ting au début du premier film… Sai Yuk obligé de combattre au sommet d'un édifice afin de gagner le coeur de la belle… tout dans ce film n'est qu'exagération des séquences et thèmes si gracieusement construits Fong Sai Yuk. L'humour comme le drame sont ici poussés à l'extrême, qu'ils atteignent leur objectif ou non.
Un bon exemple de cette exagération dans le genre " humour gras " pourrait être la scène où Sai Yuk doit embrasser la princesse pour contenter sa mère : le gros plan sur son visage ruisselant de sueur tandis qu'il s'approche de la jeune femme nous conduit à nous demander dans quel film nous venons d'atterrir. Les effets mis en oeuvre sont si grossiers que l'on peut légitimement concevoir des doutes sur les intentions du réalisateur et de l'acteur… En vérité, Fong Sai Yuk 2 parvient à s'élever à un niveau de non-sens qui pourrait faire passer Fong Sai Yuk pour un film sérieux au lieu de la comédie qu'il est en réalité.

Les personnages demeurent attachants, bien que moins convaincants que dans le premier volet. Jet Li est toujours aussi joueur et charmant, nous gratifiant de ses sourires généreux et de son enthousiasme communicatif . A ses côtés, Michele Lee donne une consistance inattendue à son personnage, manifestement plus à l'aise cette fois avec son jeu comique. Le seul regret que l'on peut exprimer à l'égard de l'interprétation générale est le manque évident de conviction de Siao Fong Fong. La mère de Sai Yuk dans Fong Sai Yuk 2 n'est que l'ombre de la personnalité rayonnante qu'elle avait été dans des temps autrement plus glorieux… l'actrice semble avoir perdu toute foi en son personnage, se contentant de répéter mécaniquement les attitudes qu'elle avait si remarquablement créées auparavant. Sa relation avec son gamin de fils ne dégage plus les mêmes étincelles, et ce n'est qu'à l'occasion des quelques scènes qu'elle partage avec le personnage de Yuen Kwai qu'elle livre enfin une performance comique. Le duo magique de la mère et du fils ne fonctionne plus, à l'exception de quelques moments ici et là, et cette lacune cruciale ternit quelque peu l'attrait du film.

Fong Sai Yuk 2 reste malgré cela un divertissement honorable malgré ses faiblesses évidentes. Il offre quelques séquences très drôles et quelques autres joliment dramatiques avec une naïveté toujours rafraîchissante, le tout assaisonné de quelques scènes d'action étonnantes. L'une des idées les plus hilarantes du film est d'essayer de nous faire croire que Sai Yuk est contraint de "vendre son corps pour son pays". L'incongruité de la chose ne fait qu'exacerber sa drôlerie. La scène phare de ce thème demeure le moment où Sai Yuk vient de finir son dîner avec la mariée et tente d'obtenir le coffret sacré pour lequel il l'a épousée. N'ignorant pas qu'elle est très mal à l'aise car elle sent qu'il ne l'aime pas, il se dirige vers le lit nuptial et s'y étend avec une surprenante lascivité ; puis tout en l'observant d'un regard sardonique, il déclare finalement : " You buy, I sell ". Cette réplique culte et la façon dont elle est espièglement énoncée sont certainement l'une des meilleures raisons de suivre ce film non-sensique.

Lorsque le drame pointe soudainement son nez, l'histoire devient indéniablement plus intéressante. Sai Yuk est contraint d'accepter de se voir privé de ses dons en arts martiaux par la main de son maître (Adam Cheng) afin de suivre les règles. Et cette séquence quelque peu sadique intervient sans réelle transition après les scènes comiques auxquelles on nous a habitués tout au long de l'heure qui précède. Mais de la même façon que nous avons accepté le délire, nous accueillons avec bénédiction les événements dramatiques. Ils nous amènent au seul thème qui émane du film : l'amour de Sai Yuk pour sa mère.
Dès les premières minutes de Fong sai-Yuk 2, tandis que Sai Yuk et sa mère font semblant de chanter à l'écran, on peut entendre les paroles suivantes : " maman est la personne que j'aime le plus "… ce qui représente très exactement la ligne directrice de son parcours. Fong sai-Yuk 2 st une lettre d'amour à la mère.
Dans Fong Sai Yuk, la mère et le fils forment le couple parfait, témoignant complémentarité et affection l'un à l'autre alors que le père est "en-dehors" de cette étroite relation. Dans Fong Sai Yuk 2, le duo mère-fils ne brille plus vraiment, et le père n'est même pas physiquement présent (ni celui de Ting Ting d'ailleurs) ni mentionné on plus, comme s'il n'avait jamais existé. Le personnage d'Adam Cheng pourrait faire figure de père de substitution au début du film, mais il échoue dès lors qu'il commet des erreurs à répétition ainsi que de nombreuses injustices à l'égard de Sai Yuk. Cependant le film se concentre davantage sur le parcours personnel de Sai Yuk, sur son amour exclusif pour sa mère, de même que sur la manière dont il parvient à se sortir seul de situations difficiles, comme il commençait à le faire à la fin de Fong Sai Yuk.
Il ne peut plus compter sur sa mère comme il en avait pris l'habitude. Lorsqu'elle se fait capturer par le bad guy , il n'a plus d'autre choix que d'aller la délivrer seul. Cela nous conduit à l'une des plus belles scènes du film : Sai Yuk combattant ses ennemis au ralenti, les yeux bandés et muni de nombreuses épées. Non seulement le combat nous offre l'occasion d'admirer le style gracieux de Jet Li mis en valeur avec une inspiration certaine, mais l'aspect visuel de la séquence contribue à créer une atmosphère onirique au coeur de l'action, rehaussée par les feuilles rouges et tourbillonnantes qui accompagnent notre héros, et le ciel comparable à celui d'une peinture. La force poétique de cette scène éclipse le combat final contre le bad guy qui retient prisonnière la mère au sommet d'un fragile édifice.

Cette dernière scène de combat évoque le magnifique affrontement de Once upon a time in China 2, lorsque Jet Li combattait le gourou de la Secte du Lotus Blanc interprété par Hung Yan Yan : Siao Fong Fong est ligotée à un amoncellement de morceaux de bois qui se détruit au fur et à mesure que Sai Yuk progresse vers son sommet … il doit lutter afin de garder sa mère en vie. Le combat est impressionnant bien que peu original. Il ne possède pas la force émotionnelle de la dévotion de Sai Yuk pour son père menacé à la fin de Fong Sai Yuk, cependant. Dans ce dernier film, le thème de l'esprit de famille plus fort que tout se combinait avec celui du manque d'unité des Cantonais. Dans Fong Sai Yuk 2, tout est maintenu délibérément séparé d'un contexte plus large, et perd ainsi de sa signification. Malgré cela, cette idée clôt le film avec une scène correcte bien qu'elle n'ait pas le panache du premier opus.

Fong Sai Yuk 2 n'existe que grâce à Fong Sai Yuk. Si l'on n'a aucune attente particulière à l'égard de son contenu, on peut aisément l'apprécier pour ce qu'il est. Dans le cas contraire, une certaine déception peut se faire ressentir du fait de son aspect excessivement délirant et de la comparaison forcément dévalorisante avec la réussite du brilliant Fong Sai Yuk.

Par CAROLINE

 


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