![]() |
|
FIST
OF LEGEND - page 1/4
|
|
Revenons aux origines. Fist of legend est au départ une nouvelle version de la même histoire que Chinese connection (1972, de Lo Wei), célèbre film avec Bruce Lee. Dans Chinese Connection, l'histoire se déroule dans les années 30, à l'époque de l'occupation Japonaise en Chine, et débute après la mort d'un grand maître d'arts martiaux Chinois, assassiné par un clan rival Japonais. Le personnage de Bruce Lee, disciple de ce maître, veut venger celui-ci. Réalisé en 1994, Fist of legend de Gordon Chan est un remake de ce film et on peut aussi voir comme une autre vision des mêmes évènements. Il comporte certaines simililitudes incontestables avec l'original mais apporte aussi un éclairage nouveau sur cette histoire… |
![]() |
|
La première différence réside dans la façon dont le contexte est développé. Dans Chinese Connection, la situation entre les deux clans est claire : les Japonais sont les agresseurs, racistes et se comportant en envahisseurs dès leur entrée dans le film, provoquant les Chinois et piétinant la cérémonie des funérailles du défunt maître. Les Chinois sont aussi montrés comme des oppressés jusque dans leur vie quotidienne, comme dans cette célèbre scène où Bruce veut entrer dans un lieu interdit " aux chiens et aux Chinois "… Dans Fist of legend, la situation est plus complexe. Les Japonais persécutent bien entendu le clan JingWun Mun, mais les membres de celui-ci ne sont au bout du compte pas montrés comme étant plus tolérants que leurs ennemis. Ces deux films ne se concentrent pas sur les mêmes conflits : dans Chinese Connection, il s'agissait seulement de l'hostilité Japonais/Chinois, tandis que Fist of legend commence de la même façon pour ensuite montrer les conflits internes que chaque clan doit traverser et pour se recentrer sur JingWu Mun même. L'existence du personnage de la femme japonaise, qui serait un souhait de Jet Li, est une autre manifestation de cet aspect. Chen Zhen apparaît aussi différemment d'un film à l'autre. Le personnage de Bruce est obsédé par son devoir de vengeance et ne contrôle pas les ennuis qu'il crée à son clan. Il n'hésite pas non plus à tuer toutes les personnes mêlées au meurtre, souvent de façon particulièrement violente et déshonorante… Le Chen de Jet veut aussi accomplir une vengeance et ne peut trouver la paix sans être parvenu à son but mais il semble bien plus serein, ou du moins recherche un équilibre dans sa vie en général, contrairement au personnage de Bruce qui ne trouvera la paix que par la mort de l'assassin…Par ailleurs, le personnage de Jet ne tue que le meurtrier et aurait même été prêt à l'épargner s'il n'avait pas dû défendre sa vie à la fin du combat. Plus que la vengeance, son désir est surtout de faire éclater la vérité au grand jour. De
plus, la vision du personnage de Jet sur les Japonais est beaucoup plus
nuancée - il a été étudier au Japon, il est lié avec une Japonaise et
accepte d'apprendre d'un Maître japonais - tout comme sa vision sur
les Chinois eux-mêmes. Ainsi, dans les deux films, le personnage doit
s'exiler de son clan. Pour celui de Bruce, c'est parce qu'il est conscient
qu'il ne peut pas laisser son clan assumer les conséquences de son impulsivité,
mais la stabilité interne du clan représente une certaine sécurité pour
lui. Quant à celui de Jet, il doit s'éloigner pour sauver la réputation
du clan de même mais aussi parce qu'il met volontairement en question
des règles fondamentales de celui-ci, et choisit d'être chassé plutôt
que de se plier à ces règles. Le clan n'est plus un symbole de sécurité
offert par les traditions chinoises vis-à-vis de l'envahisseur étranger,
mais montre au contraire à quel point les Chinois refusent d'admettre
que leur monde change et qu'ils devront tôt ou tard accepter de nouvelles
influences… Ce
qui surprend immédiatement tous les habitués du cinéma de Hong-Kong
des années 90 dans Fist of legend ,c'est le rythme du
film et la façon dont il est réalisé, ainsi que la retenue
des personnages dans l'expression de leurs émotions. En fait on peut
noter de façon frappante un grand contraste entre les scènes d'action
et celles sans action, qui ne semblent pas dirigées de la même manière.
Ceci s'explique aisément par l'intervention importante du chorégraphe
Yuen Woo Ping dans la direction des scènes de combat : le film semble
avoir deux réalisateurs. Cependant, loin d'induire un déséquilibre dans
le film, cette particularité permet d'utiliser l'action pour mettre
en valeur certains aspect de l'histoire et les émotions internes des
personnages. A JingWu Mun, chacun a une place très déterminée qui ne doit pas être remise en question et qui est dictée par des traditions très marquées. Chaque exception dans le rôle d'une personne choque les autres et fait l'objet de discussions interminables. Bien entendu, la rigidité de ces règles est en totale contradiction avec l'expression de l'individu et le processus de décision empêche la prise d'initiative des membres du clan. Il n'y a pas de place pour la spontanéité. Ces règles ne tolèrent aucune exception et dès l'instant où quelqu'un veut y désobéir, cette personne doit être expulsée, comme Chen Zhen lorsqu'il amène la femme japonaise. Cette rigidité est aussi apparente dans la façon dont les gens s'habillent, qui signifie la place de chacun. Par exemple les femmes : elles ont un rôle déterminé, par rapport aux hommes et entre elles, et elles sont toutes habillées de la même façon. Quand elles acceptent finalement la courtisane parmi elles, c'est un grand changement dans leur monde mais celle-ci devra s'habiller comme elles pour réellement s'intégrer. D'ailleurs, Ting' An (Chin Siu Ho) ne peut dès cet instant plus lui exprimer ses sentiments devant les autres comme il le faisait du temps où ils se retrouvaient en dehors de Jing Wu Mun.
|