BODYGUARD FROM BEIJING- page 1/2

 


The Bodyguard from Beijing est l'un des deux remakes joués par Jet Li dans le courant de l'année 1994, l'autre étant bien entendu Fist of Legend. Le contraste entre ces deux films est saisissant. Fist of Legend est un film sérieux et très pensé qui développe des thèmes passionnants et rend un superbe hommage au film dont il s'inspire -Fist of Fury de Lo Wei-, tandis que The Bodyguard from Beijing évoque davantage un film de vacances réalisé à toute vitesse entre amis sur le thème d'un film américain célèbre -et très à la mode à l'époque- ayant pour star Kevin Costner… Pourtant cet aspect amusant, qui aurait pu détruire la crédibilité de l'ensemble du film, s'avère contribuer très largement à son charme irrésistible.


The Bodyguard from Beijing
est bien sûr la version Hong Kong de The Bodyguard de Mick Jackson, sorti en 1992 et qui mettait en scène le couple Kevin Costner / Whitney Houston. Le scénario en est plutôt simple et suffisamment universel pour être adapté dans n'importe quel autre pays. Whitney Houston est une chanteuse célèbre qui se met brusquement à recevoir des lettres de mort anonymes et dont l'agent décide d'engager un garde du corps -Kevin Costner- pour la protéger. De nature égoïste et désagréable, elle refuse tout d'abord l'aide de son bodyguard et fait tout ce qu'elle peut pour lui désobéir afin de le contrarier. Mais dès l'instant où il lui sauve la vie une première fois, elle tombe amoureuse de lui et ils ont une aventure, chose qui paraît a priori incompatible avec le devoir d'un bodyguard.
The Bodyguard from Beijing commence avec une histoire à peu près similaire si l'on excepte la raison pour laquelle la fille est menacée : elle n'est pas célèbre mais la petite amie d'un homme riche, et se retrouve un beau jour par hasard témoin d'un meurtre … les meurtriers ayant été arrêtés et convoqués au tribunal, il n'ont d'autre plan que de la supprimer. Michelle, jouée par Christy Chung, est elle-aussi égoïste et désagréable, et lorsque son petit ami engage un garde du corps chinois du nom de Hui Ching-Yeung (Jet Li) pour la protéger, elle ne parvient pas à supporter cette ingérence dans sa vie quotidienne et commence par rejeter l'intrus. Bien évidemment, Hui lui sauve la vie et elle tombe amoureuse de lui….

Cependant à partir de ce tournant, les deux films s'engagent dans des directions opposées. Et c'est à ce moment-là que ça devient drôle. La comparaison entre les deux films est à peu près inévitavble quand on se souvient du succès de The Bodyguard en 1992, et durant combien de temps les chansons de Whitney Houston ont bercé nos ondes radio… On ne peut s'empêcher de rire en constatant de quelle façon ce film luxueux a été réadapté avec de pauvres moyens à Hong Kong deux ans après. Malgré cela, une fois de plus la limitation des moyens qui aurait pu handicaper cruellement The Bodyguard from Beijing en demeure au contraire la force principale, un stimulant qui nous vaut un impressionnant déploiement d'imagination en guise de compensation.

Dès les toutes premières minutes de The Bodyguard from Beijing, on sait de quoi il est question, tout est mis en place avant qu'on ait eu le temps de s'en rendre compte : comme dans l'original, le film commence par le bodyguard à l'entrainement, démontrant sa bravoure et son efficacité. Il est le meilleur, aucun doute là-dessus. Puis, quelques minutes plus tard à peine, nous sommes gratifiés d'un flash-back hilarant résumant le crime et la disparition des autres témoins dans d'étranges circonstances telles qu'un ascenseur fou, une cabine de téléphone piégée, ou bien encore le chat électrocuté dans le bain de Michelle !… sans oublier le regard tourmenté de Jet Li lorsqu'il découvre à quel point sa future cliente est jolie… Ce début hystérique nous renvoie à la tradition qui semble de mise dans les films de Hong Kong : il n'y a pas de temps à perdre. C'est certainement l'un des aspects les plus emballants de ce genre de films… et The Bodyguard from Beijing en est une illustration brillante.
The Bodyguard représente au contraire un excellent exemple du travers Hollywoodien qui consiste à insister sur des mises en place interminables qui ralentissent le rythme de l'ensemble du film à cause de détails inutiles. Le film ne commence en effet vraiment qu'au bout de 45 minutes !

Il est de même amusant de remarquer quelques petites différences entre les deux films, telles que le fait que dans l'original, Kevin Costner emploie tout une équipe pour installer l'équipement de surveillance -alarmes, caméras…- autour de la maison, alors que Jet Li s'en occupe tout seul ! le fossé entre les budgets respectifs est aussi significatif quand on compare les deux maisons. Les décors de The Bodyguard sont luxueux, chaque centime utilisé est visible à l'écran, tandis que dans The Bodyguard from Beijing le réalisateur essaie de nous convaincre que Michelle vit dans un palace quand il s'agit seulement d'une banale propriété filmée en angle déformant pour tromper le spectateur !
Le film dans son ensemble trahit le manque d'argent et de temps ; il a d'ailleurs été achevé en sept semaines et cela tend à expliquer le découpage déroutant et les pauvres décors, ainsi que les nombreuses béances que comporte le scénario. Il y a des éléments dans The Bodyguard from Beijing qui demeurent peu clairs, même après plusieurs visions… par exemple : Keung est-il un complice du meurtrier au début du film ou simplement un admirateur de Michelle qui rêve d'un autographe ?… ce qui nous amène à une autre question : pourquoi un autographe? est-elle une star ? L'un des autres mystères du film réside dans l'appariton surprenante de Ngai Sing au beau milieu du film. Le meurtrier de départ se retrouve tout bonnement relégué aux oubliettes et remplacé par ce type dangereux dont l'obsession est de venger son frère tué par Hui Ching-Yeung.
En réalité ces troublantes énigmes ne font qu'ajouter au côté fun du film. On rit beaucoup. Les scènes d'action en elles-mêmes sont pleines d'humour : la séquence du centre commercial est tout à la fois désopilante et étonnante. Michelle ne peut plus supporter le fait d'être séquestrée chez elle par son bodyguard implacable. Exaspéré par l'attitude agressive de la jeune femme, celui-ci la laisse finalement faire ce qu'elle veut, c'est-à-dire du shopping. Mais les ennemis sont dissimulés partout… par chance, Hui s'en était douté et démontre une fois de plus son professionnalisme en protégeant sa cliente des tueurs qui sévissent au milieu de la foule, les exterminant sans merci mais avec un talent et une précision qui laissent pantois… Au cours de cette scène excellente, on peut toutefois remarquer que les cascadeurs qui jouent les tueurs sont utilisés plusieurs fois !

Mais la scène d'action la plus remarquable reste le combat qui oppose Jet Li et Ngai Sing vers la fin du film. Imagination et délire atteignent ici des sommets insoupçonnés pour notre plus délicieux plaisir. Hui a l'idée originale de laisser échapper le gaz dans toute la maison pour d'empêcher les tueurs qui l'ont envahie quelques minutes plus tôt de se servir de leurs armes. C'est ainsi que débute le duel qui oppose le "meilleur bodyguard" au "meilleur soldat". Ngai Sing emploie ses talents extraordinaires pour attaquer notre héros en une chorégraphie aérienne et stylisée qui porte la signature immanquable du duo Yuen Kwai / Yuen Tak. La manière dont il se sert de ses jambes et joue de son long manteau noir, celle dont Jet riposte puis passe à l'attaque en usant de plusieurs techniques différentes incluant du Tai Chi… cet affrontement est l'un des plus inventifs et des plus comiques parmi les films de Jet Li. Le climax restera ce moment surréaliste où les deux adversaires luttent autour d'un robinet pour une simple goutte d'eau ! Le plus incroyable est que l'on ne se formalise pas le moins du monde de retomber dans le drame cinq minutes plus tard…