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Deux films du réalisateur et producteur hongkongais Tsui Hark, que l'interprétation et les effets transforment en fresques endiablées...

Avec Il était une fois en Chine, le prolifique producteur et cinéaste de Hongkong Tsui Hark s'est emparé avec bonheur d'une figure mythologique de l'histoire puis du cinéma chinois, le docteur Wong Fei-hung, spécialiste en acupuncture, maître en arts martiaux, chef d'une milice, établi à Fushan, contemporain de la rébellion contre les Mandchous et des prémices du mouvement nationaliste chinois au début du siècle. Le personnage deviendra, dès 1949, un héros de pellicule dans diverses productions de Hongkong. Lorsque Tsui Hark, au début des années 1990, décide de reprendre cette figure, le cinéma d'arts martiaux en costumes est passé de mode. Il connaîtra, grâce à lui, une nouvelle ère.

Le succès d' Il était une fois en Chine, qui propulsera Jet Lee aux côtés de Bruce Lee et Jackie Chan, sera tel que cinq " suites " verront le jour, produites sinon toutes réalisées par Tsui Hark. Celui-ci signe, en tout cas, ces deux premiers épisodes. Wong Fei-hung, entouré de ses disciples et d'une jeune femme avec laquelle il entretient des rapports platoniques, affronte divers adversaires, produits d'une Chine de la fin du XIXe siècle en pleine ébullition : des soldats britanniques, des spéculateurs et trafiquants de main- d'oeuvre américains, des brigands collaborateurs des puissances coloniales dans le premier film et, dans le second, une secte de nationalistes chinois fondamentalistes et xénophobes.

La vitesse est la sensation qui frappe dès les premières minutes de ces deux bijoux épiques. Pas seulement celle des combats, mais aussi celle des descriptions, des hésitations, des contradictions, des idées qui fournissent l'arrière-fond de ces récits héroïques où se bousculent l'Orient et l'Occident, la modernité et la tradition, la violence et le pacifisme, l'internationalisme et l'anti-impérialisme. Tsui Hark fait feu de tout bois, cumule le burlesque et la cruauté, emplit l'écran large de centaines de figurants, multiplie les procédés, du grand angle au filtre, pour donner une dynamique aux films. Il était une fois en Chine et La Secte du Lotus blanc cumulent ainsi artificiels effets d'images et de montage et accomplissement d'authentiques exploits physiques dans le champ de la caméra : Jet Lee, acrobate ahurissant, exécute des combats où les objets (des échelles, des tables, un parapluie) deviennent les instruments d'un ballet irréel. Ainsi, Tsui Hark transforme le cinéma en opéra grandiose et protéiforme.

JEAN FRANCOIS RAUGER

IL ETAIT UNE FOIS EN CHINE. Film chinois (Hongkong) de Tsui Hark (1990). Avec Jet Lee, Rosamund Kwan, Jackie Cheung. (2 h 08.) LA SECTE DU LOTUS BLANC. Film chinois (Hongkong) de Tsui Hark (1992). Avec Jet Lee, Rosamund Kwan, David Chiang. (1 h 48.) Il était une fois en Chine et La Secte du Lotus blanc sortiront en salles le 18 mars.

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