Retour Articles LI LIANJIE : L'ETOILE ROUGE

 

Cet article a été publié dans un hors série des Cahiers du cinéma de 1984 dédié au cinéma de Hong-Kong. Ce hors-série, le premier du genre à s'intéresser au cinéma de Hong-Kong en France, est signé Olivier Assayas et Charles Tesson.

En Chine Populaire, tout le monde connaît le nom de Bruce Lee sans avoir vu aucun de ses films purement et simplement interdits de distribution. Avec Li Lianjie, la Chine a enfin trouvé son Bruce Lee. En quelques films, le jeune Li Lianjie (21 ans cette année) est devenu une vedette et un héros national. Après la chute de la Bande des Quatre, les arts martiaux traditionnels chinois ou " wushu ", qui avaient suffoqué péniblement dans le cadre des ballets révolutionnaires sont désormais reconnus comme faisant partie du patrimoine culturel national. Il convient donc d'entretenir et de développer ce musée vivant. Par ailleurs, on se dit - toujours en haut lieu - que le " wushu " est aussi un sport, une discipline à part entière, au même titre qu'un exercice de gymnastique au sol. Pour devenir une vedette d'arts martiaux au cinéma, il faut allier la perfection technique de son style aux exigences photogéniques et cinégéniques. Li Lianjie y parvient admirablement. Il suffit de le voir à l'œuvre dans un petit court-métrage (35 mm couleur) que le Studio Central d'Actualité et de Films Documentaires de la Chine Populaire vient de lui consacrer. Passons rapidement sur l'ambiance qui se dégage du film (ça suinte le conservatisme familio-national séculaire) pour s'en tenir au style, aux images de Li Lianjie à l'entraînement nous révélant les multiples facettes de son talent. Li Lianjie connaît le maniement de 18 armes mais c'est surtout au physique (pieds et mains) qu'il excelle. Lorsqu'il se lance, pour la caméra, dans le jeu de l'épée de l'homme ivre et accomplit la figure du flocon soulevé par le tourbillon du vent, on comprend pourquoi, en un seul film (Le Temple de Shaolin), Li Lianjie s'est vu propulsé au firmament des stars. Actuellement, il tourne sous la direction de Liu Chia-Liang, événement sans précédent dans les relations cinématographiques et diplomatiques entre Hong-Kong et Pékin.

Une dernière remarque d'ordre technico-esthétique : à quoi reconnaît-on, à vue d'œil, la différence entre un film d'arts martiaux produit et réalisé en Chine d'un autre fait à Hong-Kong ? Un peu à l'image (l'abus du grand angle en Chine : toujours ce souci d'hystériser et de copier le style des voisins qui aboutit à une abominable caricature) et beaucoup au son, le caler là où il faut sur les gestes du kung fu. L'effet est bizarre. Le son du choc des armes (épées, lances) oscille entre le cliquetis et la quincaillerie qu'on croirait sortie tout droit d'un film de Bresson. Plus d'une fois, en effet, on songe à Lancelot du Lac.

Charles Tesson

 

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